Un peu de lecture sur Cataire

Talents d'Achille



Auteur : Pierre-Marie Aubineau, février 2004

À l'origine écrit pour le spectacle Atem 2004 d'Euphoric Mouvance, ce texte n'a jamais été interprété.
Le clown, ça n'est pas qu'un nez rouge. Le clown est avant tout quelqu'un qui nous fait rire parce qu'il présente de la faibless, et que l'homme est cruel par nature... Mais dans les duos de clown, il y en a toujours un plus fort que l'autre. Et ce n'est pas forcément celui qu'on croit.

Clown A est seule sur scène, l'air d'être plongée dans une grande reflexion

Clown B sortant juste la tête des coulisses : Hé ! ! ! ça va-t-i ?

Il entre sur scène par un saut à pieds joints mais se prend aussitôt le pied dans la main car il vient de marcher sur quelque chose

Clown B : Aïe ouille, oulalah, ouille ! Disgrâce infâme ! Que m'a valu cette haine des Dieux ! Je viens de me bousiller ! Je viens à l'instant de démolir ce sûr quoi moi tout entier repose ! Je me suis anéanti ce qu'Achille nous enviait sur au moins cinq mille générations ... Je viens de me démolir le talon !

Mutisme total de la part de Clown A .

Clown B : Hé ! Tu ne peux pas rester insensible alors que je viens de me casser le talon !

Clown A : Casse... toi !

Clown B : Oh non, déjà que le talon ça fait mal, si je me casse tout entier, là je risque vraiment d'avoir très mal

Clown A : Non mais t'as pas compris ? Casse-toi, barre-toi, tire-toi, eclipse-toi ! File !

Clown B : Bonjour l'humeur de cochon ! (un temps) Youhou ?

Clown A : Ta gueule.

Clown B : Oh, pardon. (Un temps) Tu pourrais au moins m'expliquer ce qui se passe ?

Clown A : Pas question.

Clown B : Allez !

Clown A : Non.

Clown B : Allez !

Clown A : Ca suffit.

Clown B : Allez !

Clown A : N'insiste pas, je ne céderais pas.

Clown B : J'insiste

Clown A (soupire) : Bon, d'accord. Ça ne va bien sûr pas te toucher mais je vais quand même te le raconter (levant les yeux au ciel) histoire de combler le vide... Et bien voilà. Tout le temps qu'il y a eut jusqu'à maintenant, tout allait bien. Je bougeais, j'interprétais, je chantais, je dansais. En fait, je vivais. Et puis doucement, je sens que je perds tout, que tout se met à disparaître pour toujours. (regarde Clown B droit dans les yeux) Je perd mon talent. Petit à petit, j'ai de moins en moins d'aisance, je ne chante plus juste, les mots se bousculent et accrochent, les I perdent leur point, les T perdent leur barre et les D sont jetés.

Clown B s'esclaffe

Clown A : Arrête de rigoler ! Je ne fais rien de drôle ! Il faudrait que mon talent revienne pour ça. Je refuse qu'on rie de moi si je ne fais plus rire.

Clown B : Excuse-moi mais je trouve ça drôle que tu perdes ton talent alors que moi j'ai perdu mon talon. Et puis, tu fais une erreur magistrale. Regarde.

Clown B Bouscule Clown A en la poussant. Clown A a un réflèxe de défense et donne un coup de pied sur le côté dans les jambes de Clown B . Clown B tombe en arrière, sur le dos. Clown A lui bondit dessus et se place à genou et à califourchon sur lui pour le bloquer au sol.

Clown A : Qu'est-ce qui t'a pris ?

Clown B : Je voulais te montrer que quand on a mal, on y sent d'un coup, ça n'arrive pas 'Comme ça, progressivement'

Clown B tente de temps en temps de se relever en décollant tête et tronc du sol, mais Clown A lui pousse brutalement l'épaule vers le bas, l'air de dire «Reste par terre !»

Clown A : Pourquoi le saurais-tu mieux que quiconque ?

Clown B : Je viens de me crever le talon, tu as déjà oublié ?

Clown A : Non, mais je veux dire, comment TU pourrais savoir ce que JE ressens ? Je vais t'expliquer. Et tais-toi. Ca a commencé d'un coup. (Regarde le public, se lève lentement en lui faisant face. Moment solennel) Je ne m'y attendais pas, je n'ai rien vu venir. Le trou noir, d'un coup comme ça, là, hop. Puis, seulement ensuite ça s'est developpé, et là par contre c'était progressif. Ca a commencé à me brûler à petit feu. Tout mon moi, tout ça là-dedans s'est chamboulé. (Revient brusquement hors de ses pensées, mais toujours en fixant le public. Recule puis s'asseoit sur Clown B .) Quand on y pense, ça te fait pareil que si tu tombes d'un mur ou que si tu te coinces le doigt dans une porte. Au début, c'est net, écran blanc, d'un coup comme tu dis. Mais après, ça vient tout progressivement, et là tu sens la douleur t'envahir, jusqu'à ce que tu aies vraiment mal. Que la douleur s'insinue complètement en toi. Clown A adopte la position du penseur de Rodin. Silence, reflexion alors que Clown B semble beaucoup souffrir. Puis Clown A tourne la tête, remarque négligemment l'air contrit de Clown B puis se relève (en prenant son temps)

Clown B : Et ben en tous cas tu nous sort des sacrées tirades pour quelqu'un qu'a perdu son talent

Clown A reste bloquée, bouche grande ouverte, pendant un temps.

Clown A : Mais oui ! ! ! Je l'ai retrouvé tu crois ? ! Il faut essayer. Donne moi un texte, vite, un texte.

Clown A récite un texte ou fait un numéro de cirque de son choix

À propos...

Bienvenue sur le site de Pierre-Marie Aubineau.

Lire

Le blog

Cette section conduit directement à J'ai envie, la partie blog du site.

Si vous êtes trop bas dans la page, cliquez ici pour remonter.
© Copyright .:. Dernière mise à jour de moteur : 22 février 2008
Powered by (and home of) LCSN version a.02
Créateur/administrateur : Pierre-Marie Aubineau.
Pour toute question ou toute remarque écrivez à contact@cataire.fr.
Alors vous aussi vous lisez les pieds de page jusqu'au bout ? C'est démentiel XD



L'auteur

Herbacha

Pierre-Marie Aubineau

  • Étudiant webmaster éditorial
  • Lyon, France